Une soirée à l'Opéra Garnier ne commence pas au lever de rideau. Elle commence sur le perron de la place de l'Opéra, à l'instant précis où la portière s'ouvre. Voici comment nous orchestrons ce moment depuis quarante ans.
L'arrivée au perron
Un spectacle à Garnier débute à 19h30. Nous prévoyons la dépose à 19h05, jamais plus tard. Vingt-cinq minutes de marge, le temps de monter le grand escalier sans hâte, de laisser les manteaux au vestiaire, de trouver sa loge.
Le rituel de la place de l'Opéra obéit à une chorégraphie discrète. Nous nous présentons par la file de droite, longeons la façade de Charles Garnier, et nous arrêtons au pied des marches. La portière arrière s'ouvre côté trottoir, jamais côté circulation. Et durant les trois secondes où nos passagers descendent, la Maybach reste parfaitement immobile, moteur silencieux.
Le Palais Garnier, écrin de l'attente
Inauguré en 1875, le Palais Garnier compte 1979 places réparties sous le plafond peint par Chagall en 1964. Connaître les lieux change tout. Nous savons où la dépose est la plus fluide les soirs de gala, quelle entrée privilégier quand la place est saturée, à quelle minute la sortie se libère.
Pendant la représentation, nous ne disparaissons pas. La voiture stationne à proximité, prête à reparaître à l'instant exact où nos passagers franchissent à nouveau les portes. Pas d'attente sur le trottoir, pas de recherche dans la nuit parisienne. Le véhicule est là, comme s'il n'avait jamais bougé.
1875. L'année de l'inauguration du Palais Garnier, 1979 places sous le plafond de Chagall.
Le rideau tombe, les gens cherchent un taxi. Nos clients, eux, n'ont qu'à descendre les marches. La voiture les attend déjà.